Mathias De Clercq sur le nationalisme (04.09.2007)
Le texte suivant est la traduction d'une tribune libre, qui a été publié dans le journal 'De Morgen'. L'auteur, Mathias De Clercq, est le petit-fils de Willy De Clercq. Mathias De Clercq (Open VLD) est échevin de la Jeunesse, du Travail, de l’Economie et des Classes moyennes à Gand, ainsi que membre du groupe de réflexion indépendant « Liberales ».
Le nationalisme est un poison mortel, par Mathias De Clercq Ce qui m’a dérangé ces dernières semaines, c’est la médiocrité, le provincialisme, le misérabilisme, et la prétendue supériorité de tous ces politiciens flamands occupés à glapir au pied de la Tour de l’Yser.
Quatre-vingts cinq jours après les élections, nous n’avons toujours pas de gouvernement. Comme jeune politicien, je suis stupéfait de constater l’incapacité et/ou la mauvaise volonté de politiciens chevronnés, de parvenir à un accord de gouvernement. Une économie prospère, plus d’emploi, une sécurité sociale significative, une police et une justice performantes, une réduction poursuivie de la dette publique, un traitement humain du problème de l’immigration, plus d’attention pour le problème de l’environnement, et une gestion courageuse de la politique extérieure : autant de choses qui seraient traitées au mieux au plan fédéral, voire européen. Au lieu de cela, nous assistons au honteux spectacle de nationalistes flamands et de discutailleurs communautaires francophones qui s’évertuent à rendre impossible tout compromis raisonnable. L’affaire a commencé en fait le soir même des élections, lorsque le gagnant, Yves Leterme, se laissa entourer par une horde de nationalistes radicaux, qui par leurs rugissements et l’agitation de leurs drapeaux au lion, voulaient signifier que « leur heure » était venue. Cela m’a alors fait penser à cette déclaration de feu Louis Paul Boon : « Aujourd’hui ou demain, ils parcourront à nouveau nos rues avec leurs drapeaux au lion, leurs bottes cloutées, leurs battements de tambour.» Quiconque a suivi les journaux des derniers mois aura constaté combien les divers partis et leurs négociateurs se sont laissé engluer et entraîner par cette poussée de nationalisme à l’état brut. On a assisté à des rodomontades flamandes comme jamais. J’en ai des haut-le-coeur. Le nationalisme découle d’une rancune et d’une forme déplacée de misérabilisme, dont on attribue toujours la cause à l’autre, les Wallons, les étrangers, les musulmans, l’Europe. « Le concept de nation » est, comme l’exprimait Imre Kertész, « un faux paradigme imposé à tout un pays. » Ce qui m’a dérangé ces dernières semaines, c’est la médiocrité, le provincialisme, le misérabilisme, et la prétendue supériorité de tous ces politiciens flamands occupés à glapir au pied de la Tour de l’Yser. Le nationalisme est comme un poison mortel qui paralyse la raison et laisse libre cours aux passions. Considérez le propos déplacé de Bart De Wever au sujet d’Herman De Croo : « Ce n’est pas parce que cet homme parle flamand qu’il est un Flamand. ». Le président du N-VA, qui n’en a jamais que pour la défense de « nos » intérêts flamands, s’arroge le droit de décider qui est flamand et qui ne l’est pas. Je redoute les gens qui enferment les autres dans une prétendue identité collective et décident de qui en fait partie ou non. C’est là que commence la discrimination, le racisme et finalement, l’exclusion. Le concept « d’identité » que brandissent les nationalistes ne trouve en tout cas pas grâce aux yeux de Mario Vargas Llosa. Derrière tout plaidoyer en faveur de l’identité d’un groupe, il suspecte un complot contre la liberté individuelle, et tel est bien le cas. C’est pourquoi je conteste à Bart De Wever le droit de parler en mon nom ou en celui d’autres Flamands. Je me refuse à entrer dans la logique nationaliste, qui débouche sur la division de notre pays. Comme échevin de la ville de Gand, j’ai journellement des contacts avec des citoyens de diverses opinions politiques. Ils me demandent ce qui anime nos politiciens, de quoi ils discutent maintenant depuis des mois. Il arrive que quelqu’un me dise que c’est la faute des francophones, qu’ils disent toujours « non », qu’ils empêchent toute solution. Mais si je leur demande ce qu’ils entendent par là, et d’où ils tirent cette information, ils mentionnent les media, le journal ou encore un article de journal. Et si je leur demande ce qu’ils reprochent plus précisément, ils n’en savent rien. Scinder la sécurité sociale ? Régionaliser la justice et la police ? Introduire des plaques d’immatriculation flamandes ? Non, non et non. Tout simplement un gouvernement qui veille à ce que leurs fils et leurs filles trouvent un emploi, que les gens âgés disposent d’une pension honnête, que les malades et les handicapés puissent payer leurs factures. Nous devons veiller à ce que notre bien-être demeure une réalité dans l’avenir. Nous devons trouver réponse aux formidables défis que la globalisation soulève. Nous devons renforcer notre tissu socio-économique. Et surtout, nous devons prendre les mesures qui permettent au pays de clôturer son exercice avec une réduction de la dette publique et un léger surplus. La réduction de la dette, réalisée avec succès dans les huit dernières années, doit absolument être poursuivie. Des finances publiques saines représentent le début de toute politique rationnelle, une politique qui réponde au principe « Gouverner c’est prévoir », de manière à ne pas grever les chances des générations futures, mais au contraire de les accroître, tout cela revêt à mes yeux bien plus d’importance que l’agitation de drapeaux et les griffes du lion flamand. Nombreux sont ceux qui pensent de même : qu’il faut maintenir l’unité du pays, que la solidarité ne peut pas devenir un concept vide de sens, que la citoyenneté ne peut se résumer à un mythe de communauté ethnique. Publié le 4 septembre 2007-09-05 Section : faiseurs d’opinion.
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