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Béatrice Delvaux (Le Soir) aan 'De Standaard' (16.12.2006)

Lettre à nos amis flamands

Beste vrienden, Vous vous insurgez à grands cris contre l'image caricaturale
qu'a donnée de la Flandre la fiction de la RTBF sur la mort de la Belgique.
Vous nous accusez même d'être tous complices, nous les journalistes
francophones.

Caricaturale, l'émission ? Elle l'était. C'est le genre imposé d'une telle
fiction. Si la scission devait devenir un jour réalité, sachez qu'elle
aurait aussi, dans la vie des gens, un impact caricatural. Mais de là à
prétendre que les francophones vous ignorent, vous caricaturent
systématiquement, non ! C'est faux et c'est injurieux à notre égard. Non,
nous ne vous dépeignons pas qu'à coups de clichés. Oui, nous dirigeons nos
enquêtes, nos reportages, nos analyses vers ce qu'on vit et ce qu'on dit en
Flandre.

Interrogez-vous. Pourquoi pensez-vous que l'immense majorité des
téléspectateurs y a cru, à l'indépendance de la Flandre, à la mort de la
Belgique ? Parce que quand vous dites « confédéralisme », les francophones
comprennent « séparatisme ». Serions-nous moins intelligents ? Non. Au
contraire, nous sommes, sans cesse, à votre écoute. Nous nous efforçons de
décoder l'ambiguïté de certains discours. Quand votre ministre-président,
Yves Leterme, dit que la Belgique n'a pas de valeur ajoutée, nous,
francophones, en déduisons qu'il la rejette. Quand le cartel flamand
CD&V/N-VA, première force politique de Flandre, annonce, pas plus tard que
mardi, qu'il exige l'autonomie dans tous les domaines, des soins de santé à
l'emploi, de la fiscalité à la SNCB, de la Justice à la police, nous
comprenons, nous francophones, que vous ne voulez plus rien gérer avec nous.
Quand vous parlez de confédéralisme, nous y voyons une coquille vide. Quand
vous dites aspirer à un Etat plus efficace, nous craignons que vous
souhaitiez surtout réduire les transferts de la solidarité. Nous ne sommes
pas naïfs.

« Nous en avons marre », écrivait vendredi le rédacteur en chef du
Standaard.

Cher Peter Vandermeersch, sachez que nous aussi, nous en avons parfois marre
de vos clichés. Marre d'être décrits comme des paresseux, des chômeurs qui
refusent de travailler. Marre d'être dépeints comme des assistés, qui se
plairaient à vivre aux crochets des Flamands travailleurs. Marre d'entendre
dire que nous sommes intellectuellement incapables d'apprendre le
néerlandais.

La caricature ne fait pas progresser le débat. Elle le tue. Le Soir a depuis
longtemps investi temps et espace dans l'enquête et la rencontre avec la
Flandre. Ne citons que les exemples récents : Bénédicte Vaes a séjourné dans
la rédaction de la Gazet van Antwerpen avant les élections communales, nous
avons échangé avec De Morgen nos pages opinion et nos critiques théâtrales,
publié un éditorial commun en français à l'occasion du festival « Toernee
general » et d'autres projets uniront en 2007, Morgen, KVS, Soir et Théâtre
national. Nous consacrons chaque lundi une revue de presse aux journaux
néerlandophones. Nous publions des sondages reprenant les résultats pour
l'ensemble du pays là où celui du Standaard se contente de suivre la Flandre
et ses Bekende Vlamingen.

Alors, cher Peter Vandermeersch, Le Soir vous fait cette proposition : nos
deux journaux ont des liens proches, mais nos positions éditoriales
divergent souvent sur les enjeux communautaires. Mettons dès lors nos
esprits critiques et notre professionnalisme en commun au service d'une
grande enquête sur la Belgique et ses régions, que nous publierons avant les
élections. Le devenir de la Belgique mérite mieux que des humeurs, il impose
la rigueur.

Vous êtes partant ?

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